Hadopi dans le plat
Hadopi sur Google, ce sont près de 24 millions d’occurrences. De là à dire que la loi Création et Internet a lancé un pavé dans la cyber mare, il n’y a qu’un pas vite franchit. Pourtant, au-delà des péripéties politiques qui ont accompagné son vote à l’Assemblée, c’est avant tout le symptôme d’une innovation technologique (le web) qui bouleverse les habitudes et comportements de nos contemporains. Avec pour conséquences d’ailleurs de bousculer quelques grands principes du droit au passage. Et pas des moindres. Car le téléchargement illégal, sport favori ou occasionnel de pas loin de 30 millions de Français, met à mal on le sait, droit patrimonial et droit moral de l’auteur de l’œuvre. La loi Internet et Création, de son côté, menace, selon ses opposants, les libertés individuelles et notamment le libre accès à l’information et le respect de la vie privée. Propriété contre liberté ! Dans la balance, quel côté l’emporte donc sur l’autre ? Bien malin qui peut répondre à cette question avec certitude.
Le téléchargement est tellement rentré dans les mœurs, de la jeune génération notamment, qu’il a du même coup modifié la perception de la propriété. A fortiori quand on parle d’un fichier musique ou vidéo, bref, d’un bien incorporel en particulier. Habitué à utiliser des logiciels open source, bercé par une cyberculture à la fois contestataire et communautaire, l’internaute pirate n’a pas forcément la notion de porter atteinte au droit de propriété d’autrui. Et surtout, il préfère souvent fermer les yeux en se disant « pas vu, pas pris », observant avec délectation sa riche collection de 8000 titres téléchargés dont il peine à écouter ou voir un dixième… Car le comble, pour l’artiste, ce n’est pas seulement d’être dépossédé. C’est aussi de finir oublié au cœur d’un immense trésor de guerre. Non, la vie d’artiste n’est plus ce qu’elle était…
2 Commentaires
Lamyblog » Tout savoir sur la loi Création et Internet (hadopi) et ses évolutions ! le 10 juin 2009,
[...] le savez, la loi Création et Internet dite loi “Hadopi” a été adoptée par l’assemblée nationale le 12 mai dernier et par le Sénat le [...]


© Lamyblog.fr -
alain deneuville le 26 mai 2009,
Cet article est d’une clairvoyance et donc d’une exactitude que je tiens à souligner en tant qu’artiste. J’irai même plus loin : l’artiste n’a pas seulement peur d’être noyé dans le flux d’octets qui remplacent aujourd’hui son art, il a tout simplement peur de disparaître au profit d’une simple « marque de fabrique » qui serait apposée ici ou là sur telle ou telle chanson numérique.
Sans entrer dans une analyse véritablement sociologique de la jeune génération de ce début de XXIe siècle, il est au moins important de remarquer à quel point elle a perdu toute forme de valeur quant au concept de propriété. Les lobbies idéologiques que sont les soi-disantes « appartenances communautaires » (à une génération, un style, une façon de vivre, un goût, une culture, etc) ont dénaturalisé l’individu au point de ne plus s’apercevoir de faire la mal en volant son prochain. Après tout, ce n’est qu’un fichier…
Cela pointe à mon sens le fondement du problème : la dématérialisation de la musique (et de l’art en général) conduit à oublier sa paradoxale fonction d’art avant-tout et ce sous la forme brute de disque, qu’il soit vinyl ou cd. Non le cd ne doit et ne peut pas disparaitre car c’est l’essence même de l’artiste, palpable du doigt et quelque part infiniment plus « digital » que sa version électronique. Si le cd disparait, c’est l’artiste qui s’éteint.
Musicalement, Alain Deneuville (mai 2005)